Recommandations du Groupe de Travail Européen sur l'Egypte aux dirigeants européens.

Chers dirigeants et responsables européens,

Nous pensons qu’il est grand temps que l’Union européenne (UE) adopte à propos des développements en cours en Egypte une position plus claire et qui serve mieux les intérêts tant de l’Europe que des Egyptiens. Cela fait désormais quelque temps que la voix de l’UE ne s’est pas fait entendre sur la situation politique, judiciaire et des droits de l’homme en Egypte. Dans le même temps, plusieurs Etats-membres ont cherché à normaliser leurs relations avec le président Abdel Fattah al-Sissi et son gouvernement. Pourtant, la répression menée par les autorités égyptiennes a atteint un stade où l’existence même d’une communauté indépendante pour les droits de l’homme est en jeu, et où il n’existe aucune mise en cause pour les cas de torture, de morts en détention et de disparitions forcées, malgré la preuve écrasante de l’implication de l’Etat dans ces pratiques. La mort de Giulio Regeni et les points qui restent à éclaircir dans cette affaires, qui sont naturellement un point d’attention majeure pour l’Italie et l’UE, sont aussi emblématiques d’un problème bien plus large qui touche de façon régulière un nombre important de citoyens égyptiens.

L’ouverture récente d’une enquête sur une affaire de “financement étranger”, qui permet de viser les principales organisations de défense des droits de l’homme du pays, menace d’aboutir à la fermeture des principaux groupes qui tentent d’étayer les cas de violations des droits de l’homme. Il pourrait menacer les défenseurs des droits de l’homme de peines de prison à vie. Plutôt que de s’attaquer à ces groupes, le gouvernement devrait prendre des mesures pour mettre fin aux violations perpétrées par les services de sécurité, lesquelles suscite une colère croissante en Egypte et une préoccupation largement répandue dans les opinions européennes. Il devrait aussi mettre fin à l’incarcération d’individus sur la seule base de leurs idées politiques ou pour avoir manifesté de façon pacifique. La répression actuelle a fait la preuve de son caractère contre-productif y compris du strict point de vue de la stabilité de l’Egypte. Elle est devenue désormais un obstacle incontestable à la capacité de l’UE à coopérer pleinement avec ce pays. Plus généralement, l’accent excessif mis par le régime égyptien sur la sécurité, définie par la répression, et son échec à mettre en place une approche inclusive lui a interdit de faire des progrès quant aux défis économiques et sociaux de l’Egypte.


Nous proposons en conséquence que les dirigeants européens, à commencer par le président français François Hollande qui sera en visite d’Etat en Egypte la semaine prochaine, adresse le message suivant aux autorités égyptiennes:


• L’UE et ses Etats-membres restent convaincus de l’importance de la relation entre l’UE et l’Egypte et déterminés à soutenir le développement politique, économique et social inclusif du pays. L’Egypte et l’UE sont liées de nombreuses manières, y compris par des intérêts conjoints et substantiels en matière de sécurité, de stabilité régionale et de liens commerciaux.

• Toutefois, la relation à venir entre l’UE et l’Egypte ne pourra qu’être freinée aussi longtemps que les autorités égyptiennes maintiendront des politiques que l’UE considèrent comme violant des principes fondamentaux, notamment la persécution d’associations de défense des droits de l’homme, l’impunité pour les exactions commises par les services de sécurité et l’incarcération des opposants politiques. De telles politiques n’apporteront pas la stabilité à laquelle tant l’Egypte que l’UE aspirent.

• L’UE est persuadée que l’Egypte devrait en conséquence: 1) entreprendre une réforme de son secteur de la sécurité, laquelle conduirait en particulier à éliminer le recours à la torture et aux disparitions forcées par des agents de l’Etat, conformément aux normes internationales reconnues; 2) abroger les lois qui autorisent le harcèlement et la poursuite des organisations issues de la société civile, ainsi que les lois qui criminalise les manifestations pacifiques, et mettre fin aux poursuites en cours sur la base de ces textes ; et 3) relâcher ceux qui sont emprisonnés pour des manifestations non-violentes ou du fait de leur expression politique, idéalement en promulgant une amnistie à grande échelle.

• L’UE se tient prête à fournir une assistance à de telles réformes qui seraient bienvenues, et espère être en mesure d’approfondir ces relations avec l’Egypte à mesure qu’elles progresseront. En leur absence, en revanche, les relations de l’UE avec l’Egypte ne pourront qu’être affectées, et l’UE continuera à suivre de près ces sujets et de les évoquer en public le cas échéant.

• L’UE apportera sa solidarité et son soutien à l’Italie dans ses efforts pour faire la lumière sur et obtenir justice pour la torture et le meurtre de Giulio Regeni.

 

Le Groupe de Travail Européen sur l’Egypte - The European Working Group on Egypt*

Anthony Dworkin, European Council on Foreign Relations (ECFR) vice-président

Issandr El Amrani, International Crisis Group (ICG) vice-président

Rasmus Alenius Boserup, Danish Institute for International Studies (DIIS);

Haizam Amirah Fernández, Real Instituto Elcano (RIE);

Koert Debeuf, International Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA);

Dina Fakoussa, German Council on Foreign Relations (DGAP);

Stéphane Lacroix, Centre d’Etudes et de Recherches Internationales, Sciences Po (CERI);

Daniel Levy, European Council on Foreign Relations (ECFR);

Arnold Luethold, Geneva Centre for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF);

Charles Powell, Real Instituto Elcano (RIE);

Stephan Roll, German Institute for International and Security Affairs (SWP);

Patrycja Sasnal, Polish Institute of International Affairs (PISM);

Nathalie Tocci, Italian Institute for International Affairs (IAI);

Richard Youngs, Carnegie Endowment for International Peace (CEIP).

 

Le Groupe de Travail Européen sur l’Egypte est soutenu par d’éminents décideurs européens:

Emma Bonino, Ancienne Ministre des Affaires étrangères d’Italie

Jean-Marie Guéhenno, Président Directeur Général, International Crisis Group; ancien Secrétaire général adjoint au Département des opérations de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies

Marietje Schaake, Membre du Parlement Européen

 

*Cet appel reflète les vues des signataires individuels; les affiliations institutionnelles ne sont listées que pour un objectif d’identification.