Quand la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont annoncé leur soutien à un plan de 500 milliards d’euros pour aider à la relance économique de l’Europe, ce n’était pas tout à fait François Mitterrand et Helmut Kohl se donnant la main à Verdun. Il n’empêche que l’accord franco-allemand auquel ils sont parvenus le 19 mai 2020 a tout d’historique, puisqu’il symbolise l’abandon par l’Allemagne de son refus catégorique d’accepter tout grand emprunt européen.

La déclaration conjointe entre Mme Merkel et M. Macron, aussi simple qu’elle ait pu paraître de prime abord, est une initiative courageuse. Elle a servi de rappel sur l’efficacité de la France et de l’Allemagne – quand elles travaillent ensemble et se mettent au centre de l’Europe – à influencer le débat et, potentiellement, à faciliter l’accord entre les autres Etats membres de l’Union européenne (UE).

Après plusieurs années durant lesquelles le moteur franco-allemand tournait à vide, cette initiative concernant une question interne à l’UE a été largement célébrée. Elle a également soulevé une question importante : la France et l’Allemagne pourraient-elles prendre la tête d’initiatives aussi ambitieuses et tournées vers l’avenir en matière de politique étrangère ?

Dans leur nouveau rapport, les expertes de l’ECFR Ulrike Franke et Jana Puglierin analysent le potentiel de coopération du couple franco-allemand et exposent les rôles respectifs de l’Allemagne et de la France dans l’UE – présentant dans quelle mesure ces deux pays sont considérés comme meneurs par les autres Etats membres, ainsi que l’état de la relation de travail entre la France et l’Allemagne.

Les principales conclusions sont les suivantes :

  • La crise du Covid-19 et la récession économique qui s’en est suivie ont rendu beaucoup de défis en matière de politique étrangère plus aigus, alors même que les dirigeants au niveau européen dédient une part importante de leur attention aux questions internes.
  • Le sondage de l’ECFR auprès d’experts et de décideurs européens, le « EU Coalition Explorer », révèle l’importance de l’Allemagne et de la France au sein de l’UE, et l’impact que les deux pays peuvent avoir quand ils coopèrent.
  • Le sondage montre que les Etats membres de l’UE sont encore nombrilistes en termes géopolitiques et qu’ils doivent modifier leur état d’esprit s’ils veulent créer une politique étrangère commune puissante.
  • La France et l’Allemagne devraient profiter de l’élan créé par leur accord sur le plan de relance pour donner à l’UE une voix géopolitique plus forte.
  • Ensemble, les deux pays ont tout ce dont ils ont besoin : des relations avec le nord et avec l’est, ainsi que de l’ambition et du pragmatisme.
  • Paris devrait essayer plus activement et plus sensiblement de travailler avec ses partenaires qui critiquent les initiatives françaises en politique étrangère.
  • Berlin devrait être plus ouverte et flexible dans sa formulation d’une politique étrangère et de sécurité avec des plus petits groupes d’Etats membres.

Le rapport s’inspire des résultats de la troisième édition du « EU Coalition Explorer » de l’ECFR – un sondage auprès des experts et des décideurs européens au sein des 27 Etats membres, qui a eu lieu du 11 mars au 28 avril 2020. Rassemblant les avis de plus de 800 experts travaillant sur la politique européenne notamment au sein de gouvernements, de think tanks, d’universités, et de médias, le « EU Coalition Explorer » offre une visualisation des opinions de la classe politique européenne – information qui n’est autrement pas accessible au grand public et aux décideurs politiques.

Pour la première fois, le « EU Coalition Explorer » est accompagné d’une carte des intentions politiques des gouvernements des 27 Etats membres dans des domaines clés, ainsi qu’une « Edition Spéciale Coronavirus » illustrant les schémas de coopération européenne au cours de la crise du coronavirus.