L’annonce par le président français Emmanuel Macron de la création de l’Alliance Sahel lors d’une réunion du G5 à Nouakchott en Mauritanie en juillet 2017 avait suscité de grands espoirs. L’objectif de cette nouvelle alliance était de permettre à la France et à l’Allemagne, aux côtés d’autres partenaires internationaux, de jouer un rôle plus efficace dans le renforcement de la stabilité au Sahel en alliant les questions de développement et les travaux en matière de sécurité et de gouvernance.

Les activités de l’Alliance Sahel depuis sa formation incarnent certaines des grandes ambitions des politiques européennes et internationales dans la région. Mais l’Alliance a aussi révélé les difficultés auxquelles se heurtent les efforts de coordination des travaux en cours et pour rendre les politiques existantes et futures plus efficaces. La confusion autour des programmes européens et des stratégies internationales au Sahel a été aggravée par la détérioration de la situation sécuritaire dans la région.

Dans son nouveau rapport, le chercheur de l’ECFR Andrew Lebovich passe en revue l’Alliance Sahel et particulièrement les évolutions de son approche et de ses pratiques. Il examine aussi les lacunes des approches liées à la gouvernance, qui reste importante pour les événements en cours tels que le coup d’Etat au Mali.

Les principales conclusions du rapport sont les suivantes :

  • La France, l’Allemagne et les pays du Sahel ont lancé l’Alliance Sahel en 2017 avec l’objectif de rassembler les donateurs internationaux afin de mieux coordonner l’aide au développement et les autres efforts de financement dans la région.
  • L’Alliance ambitionnait d’intégrer les perspectives sécuritaires, de développement et de gouvernance mais a peiné à faire preuve de cohérence et d’efficacité – bien qu’elle ait adopté quelques approches novatrices.
  • La détérioration de la situation sécuritaire au Sahel a mené les acteurs internationaux à mettre en place de nouvelles initiatives, y compris le Partenariat pour la Sécurité et la Stabilité au Sahel et, plus récemment, la Coalition pour le Sahel. Toutefois, les relations entre ces initiatives restent encore théoriques, les détails de la coopération et du partage du fardeau devant encore être définis.
  • Ces nouvelles initiatives risquent de privilégier des solutions sécuritaires pour des problèmes complexes, signifiant que les réformes de gouvernance nécessaires risquent d’être abandonnées. Cela a lieu malgré l’acceptation largement répandue, y compris au sein des officiels français, qu’il n’existe pas de solution purement militaire.

Les partenaires européens et internationaux devraient prendre en considération les éléments suivants :

  • Dans le cadre de la redevabilité réciproque instituée par l’Alliance Sahel, ils devraient appliquer une pression sur les financements afin de s’assurer que les améliorations dans la protection de la population sont mises en œuvre et que les principaux critères de gouvernance sont atteints.
  • Ils devraient également s’assurer que les mécanismes de coordination tels que le Secrétariat de la Coalition pour le Sahel ont une autorité réelle. Alors qu’une sur-institutionnalisation de ces mécanismes est un risque, ces efforts doivent être véritablement multilatéraux et dotés de ressources humaines et financières suffisantes pour avoir l’impact attendu d’eux.
  • Ils devraient étendre les missions de formation multilatérale là où les conditions politiques le permettent, mais aussi s’assurer que les contributeurs peuvent accompagner les troupes sur le terrain. Cela permettrait une clarification de certaines ambiguïtés qui existent dans la formulation des mandats actuels.
  • Ils devraient réfléchir sérieusement à l’imposition de sanctions personnelles pour les individus qui mettent à mal la mise en œuvre du processus de paix. Les membres des gouvernements devraient eux aussi pouvoir être l’objet de sanctions.