Les actions de l’Iran attirent régulièrement l’attention du monde – mais l’Occident a encore une compréhension trop réduite politiques nationales iraniennes ainsi que des manières d’influencer les décideurs politiques dans ce complexe écosystème politique. En Europe, les gouvernements ont récemment durci leurs positions – ainsi que l’ont fait la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne à travers leur déclaration conjointe du 19 juin dernier – sans toutefois renoncer à leur désir de négocier avec l’Iran.

Après le long processus diplomatique qui a conduit à la signature de l’accord nucléaire de 2015, la campagne de pression maximale du gouvernement de Donald Trump a diminué le soutien des principaux acteurs politiques iraniens à tout engagement avec l’Occident.

Ce nouveau rapport d’Ellie Geranmayeh propose une cartographie du fonctionnement du pouvoir iranien et une analyse de la façon dont les différents groupes politiques abordent les difficultés du pays et tentent d’influencer le Guide suprême, Ali Khamenei. Ce rapport étudie également ce que le changement des dynamiques politiques en Iran implique pour l’engagement diplomatique de l’Europe vers le pays.

Les principales conclusions sont :

  • La campagne américaine de pression maximale a fondamentalement changé le discours des décideurs politiques en Iran, qui s’éloignent d’un programme favorable à l’engagement avec l’Occident pour adopter une posture de confrontation de « résistance maximale » ;
  • Trois blocs de pouvoir majeurs se concurrencent pour influencer le Guide suprême, y compris le groupe des « modernisateurs » qui a joué un rôle essentiel pour obtenir le soutien nécessaire dans le pays à la signature de l’accord nucléaire. La campagne de pression maximale les a néanmoins mis désormais sur la défensive, y compris le gouvernement d’Hassan Rouhani ;
  • Le plus grand défi auquel font aujourd’hui face les dirigeants iraniens est celui de relancer l’économie. Sans une proposition économique de l’Occident, les deux autres blocs de pouvoir politique – les « principalistes » conservateurs et les « sécurocrates » liés au corps des Gardien de la Révolution islamique (GRI) – continueront leur récente ascension et accentueront leur pression pour une réponse conflictuelle de « résistance maximale » ;
  • Ce débat virulent autour des questions économiques est étroitement lié à la vision que les acteurs politiques iraniens ont des sanctions américaines, et plus généralement de la diplomatie occidentale, depuis l’échec de l’accord nucléaire ;
  • Même si les modernisateurs iraniens sont en position de faiblesse en Iran, ils ne battent pas tout à fait en retraite.. Le Guide suprême a permis aux modernisateurs d’essayer plusieurs options diplomatiques sensibles, et le système décisionnaire iranien s’est avéré capable de s’engager dans une diplomatie pragmatique avec l’Occident.

Ce rapport présente également des recommandations d’action pour les Européens :

  • Les Européens souhaitent persuader l’Iran d’accepter un compromis sur des enjeux stratégiques – mais ils n’y arriveront pas sans une véritable compréhension des dynamiques politiques en Iran ;
  • En amont de l’élection présidentielle américaine, les Européens devraient protéger l’accord nucléaire face aux tentatives de sabotage de l’administration américaine, tout en faisant pression sur l’Iran pour l’arrêt de ses activités nucléaires inquiétantes. Immédiatement après l’élection, les Européens devraient se lancer dans une diplomatie de la navette pour pousser Téhéran et Washington à reprendre leur engagement ;
  • Cela devrait commencer par une réponse aux préoccupations les plus pressantes sur le programme nucléaire iranien, ainsi que par la mise en place d’un accord provisoire visant à geler et réduire les activités nucléaires iraniennes. . La réussite de cette étape serait bien plus probable sous une présidence de Joe Biden, mais il est tout de même possible d’avancer dans cette voie au cours d’un deuxième mandat de Donald Trump ;
  • Dans le cadre des prochaines négociations avec l’Iran, les Européens devront être conscients que la priorité des dirigeants iraniens est l’économie. Celui qui remportera l’élection présidentielle iranienne de 2021 héritera probablement d’une situation bien plus complexe que celle dont Hassan Rouhani avait hérité en 2013. La voie la plus efficace pour l’Europe pour influencer les décideurs politiques en Iran serait donc de leur proposer une sortie de la crise économique actuelle ;
  • L’aide économique proposée devra être suffisamment intéressante et échelonnée pour que l’Iran s’engage à un respect total du JCPoA. Bien que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni puissent lancer ce processus, la position de Washington sera déterminante pour l’avenir de cette approche, compte tenu de l’impact des sanctions américaines ;
  • L’élan politique vertueux de cet effort diplomatique pourrait également renforcer les modernisateurs avant la course présidentielle de 2021, et mettre en place une feuille de route pour les négociations avec l’Iran qui survive à l’actuelle administration de Hassan Rouhani.

« L’Europe et les États-Unis ont besoin d’une compréhension bien plus nuancée de la politique en Iran et de la manière dont leurs actions au cours des dernières années ont influencé les dynamiques du pouvoir à Téhéran », affirme Ellie Geranmayeh. « Même si la campagne américaine de pression maximale a favorisé l’ascension d’un plus grand nombre de forces conflictuelles à Téhéran, un espace s’ouvrira dans l’année à venir pour que l’Europe travaille avec les forces modérées en Iran à l’établissement d’un programme qui amène Washington et Téhéran à négocier à nouveau », ajoute l’autrice de ce rapport.