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A peine 5% des électeurs français font confiance au président Donald Trump

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  • Un rapport étayé par un sondage pan-européen et publié aujourd’hui avant la présentation de la composition de la nouvelle Commission européenne, révèle un soutien croissant en faveur d’une politique étrangère de l’UE plus cohérente et plus efficace, notamment sur le réchauffement climatique, les migrations, le commerce, la défense et la sécurité.
     
  • En France, comme dans l’ensemble de l’Europe, les électeurs veulent que l’UE défende leurs intérêts économiques et s’impose comme un acteur géopolitique, mais les responsables politiques doivent avant tout prouver qu’ils peuvent renforcer les pouvoirs de l’Union en matière de politique étrangère en obtenant des résultats tangibles.
     
  • Selon ce nouveau sondage de l’ECFR, à peine 5% des électeurs français font confiance au président américain Donald Trump et veulent en revanche que des mécanismes de défense à l’échelle européenne pour les protéger soient mises en place.
     
  • Les personnes interrogées redoutent l’effondrement de l’UE dans 10 à 20 ans, si elle n’évolue pas de manière à mieux représenter les pays membres sur la scène internationale.

Trois ans après l’élection du président américain Donald Trump et quelques jours après la visite à Bruxelles du secrétaire d'État américain Mike Pompeo, la plupart des Européens déclarent qu’ils ne font plus confiance aux États-Unis pour garantir leur sécurité. Selon un rapport publié aujourd’hui par l’ECFR, la confiance envers les États-Unis s’est effritée et les Européens attendent désormais de plus en plus une Union européenne (UE) qui défende leurs intérêts en matière de politique étrangère.

Ce nouveau rapport intitulé « Give the People What They Want: Popular Demand for a Strong European Foreign Policy » et réalisé à partir des réponses apportées par 60 000 personnes interrogées dans 14 pays de l’UE, révèle également que la majorité des Européens veulent que les dirigeants de l’UE empêchent l’élargissement de l’Union et réclament une réponse pan-européenne à leurs craintes concernant la sécurité, le changement climatique et les migrations. Les Européens veulent surtout une UE autonome, qui évite les conflits qui ne la concernent pas, résiste aux autres puissances et résout les crises qui menacent ses intérêts.

Les conclusions de ce rapport paraissent à un moment crucial pour l’Europe : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen doit en effet présenter la nouvelle équipe de la Commission dans la journée et plusieurs élections nationales susceptibles de provoquer d’importants bouleversements doivent avoir lieu en Autriche et en Pologne cet automne. Le rapport est également publié alors que les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis se sont encore accrues, des preuves d’ingérence de la Russie dans les élections occidentales sont dévoilées et que les accords internationaux sur le réchauffement climatique et le désarmement nucléaire pourraient voler en éclat. Ce sont les questions qui devraient dominer l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations Unies qui se tient ce mois-ci à New York.

Le rapport explique que le point de vue généralement partagé par les dirigeants européens selon lequel les électeurs, de plus en plus nationalistes, refuseraient une politique étrangère commune, est dépassé. Ce sondage montre en effet que les électeurs des pays de l’UE sont sensibles à l’idée d’une « souveraineté stratégique », soit une centralisation du pouvoir dans certains domaines clés, si l’UE peut prouver sa compétence et son efficacité en la matière D’après le rapport, bien qu’une majorité qualifiée ne puisse sans doute pas être obtenue à 27 sur toutes les questions de politique étrangère, il existe des exceptions et des domaines, tels que la défense et la sécurité, les migrations et le changement climatique, auxquels l’UE pourrait s’attaquer dans les années à venir. 

Si la population soutient l’idée d’une UE s’imposant comme un acteur mondial cohérent, il existe notamment des divergences croissantes entre les Européens et leurs gouvernements sur les questions des échanges commerciaux, de l’avenir de la relation transatlantique et de l’élargissement aux pays des Balkans occidentaux. Compte tenu de ces antagonismes, les électeurs pourraient retirer le soutien à l’action européenne qu’ils ont exprimé lors des dernières législatives européennes et des élections nationales.

Le rapport souligne toutefois qu’il faut convaincre les électeurs en France, et dans les autres pays que l’UE peut mettre un terme à son inaction et à ses tergiversations actuelles. La nouvelle équipe, avec Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les affaires extérieures et la politique de sécurité, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, doit accepter cette réalité et s’employer à relancer la stratégie de politique étrangère de l’UE, comme le demande la population. 

Il existe néanmoins un risque, après le taux de participation étonnamment élevé des élections européennes et les résultats importants des partis nationalistes, comme le Rassemblement National de Marine Le Pen ou la Ligue du Nord de Matteo Salvini en Italie, que les dirigeants de Bruxelles ne se reposent sur leurs lauriers. « Ils devraient se rappeler qu’avant les élections, les trois quarts des Européens avaient l’impression que leur système politique national ou leur système politique européen, ou les deux, était cassé », rappelle le rapport. « Si l’Europe ne propose pas de mesures qui répondent à leurs préoccupations au cours des cinq prochaines années, les électeurs convaincus de la déliquescence du système politique ne lui accorderont certainement pas une deuxième fois le bénéfice du doute. »

Quelques conclusions de ce nouveau rapport de l’ECFR : 

  • Les Européens veulent que l’UE devienne un acteur solide, indépendant et non-conflictuel, qui soit suffisamment puissant pour ne pas avoir à prendre parti ni dépendre du bon vouloir d’autres puissances. Concernant les conflits éventuels entre les États-Unis et la Russie, une majorité d’électeurs dans quasiment tous les pays préfèreraient que l’UE reste neutre, en poursuivant une voie médiane entre ces deux puissances concurrentes. En France, 63 % des électeurs voudraient que l’UE reste neutre dans ce cas de figure.
     
  • Les Européens s’inquiètent de la Chine et de son influence croissante dans le monde : 8 % à peine des sondés pensent que l’UE devrait soutenir Beijing plutôt que Washington en cas de conflit entre les États-Unis et la Chine. La population de tous les États membres souhaite globalement rester neutre, une position affichée par près des trois quarts (73 %) des électeurs allemands et plus de 80 % des électeurs grecs et autrichiens. Ce point de vue est partagé par 64 % des électeurs français.
     
  • Les Européens se montrent généralement réticents quant à l’élargissement de l’UE. Les électeurs allemands (46 %), autrichiens (44 %), danois (37 %), français (42 %) et néerlandais (40 %) se déclarent hostiles à l’adhésion des pays des Balkans occidentaux. On observe un soutien de la population à l’adhésion de ces pays supérieur à 30 % seulement en Roumanie, en Pologne et en Espagne. 
     
  • Les Européens veulent que l’UE agisse dans les domaines du changement climatique et des migrations. Plus de la moitié de la population des pays interrogés, à l’exception des Pays-Bas, estime que le changement climatique devrait être traité en priorité et avant les autres sujets. Les électeurs sont par ailleurs en faveur du renforcement des mesures de contrôle des frontières et la moitié d’entre eux au moins souhaitent une augmentation de l’aide économique apportée aux pays en développement, en vue de diminuer les migrations. 55 % des électeurs français partagent ce point de vue. Les Européens pensent également majoritairement que les conflits constituent l’une des principales causes des migrations vers le continent. Les électeurs de 12 pays sur les 14 pays sondés estiment ainsi que l’UE aurait dû intervenir davantage pour régler la crise syrienne dès 2014. 
     
  • Globalement, les Européens font plus confiance à l’UE qu’à leurs gouvernements nationaux pour défendre leurs intérêts face aux autres puissances mondiales. Dans plusieurs États membres toutefois, de nombreux électeurs ne font confiance ni aux États-Unis ni à l’UE (en Italie, en Allemagne et en France, c’est le cas de quatre électeurs sur dix, en République tchèque et en Grèce, c’est le cas de plus de la moitié d’entre eux). C’est en Pologne que les électeurs se montrent le plus enclins à faire plus confiance aux États-Unis qu’à l’UE, mais ils représentent néanmoins moins d’un cinquième de l’ensemble des sondés dans ce pays. En France, 8 % des électeurs font plus confiance aux États-Unis qu’à l’UE.
     
  • Les électeurs doutent de la capacité de l’UE à protéger leurs intérêts économiques en cas de guerre commerciale. Ils sont les plus nombreux à exprimer cette opinion en Autriche (40 %), au Danemark (34 %), aux Pays-Bas (36 %), en République tchèque (46 %), en Slovaquie (36 %) et en Suède (40 %). Moins de 20 % des électeurs de chaque pays interrogé pensent que les intérêts de leur pays sont bien protégés contre les pratiques concurrentielles agressives de la Chine. Ils ont toutefois des opinions contrastées sur le fait de savoir si cette question devrait être traitée par l’UE ou par les gouvernements nationaux. Malgré le score élevé du Front National aux dernières législatives européennes, les électeurs français sont favorables à une approche commune – nationale et européenne – en matière de négociations commerciales.
     
  • Concernant l’Iran, la majorité des Européens (57 %) soutiennent les efforts déployés par l’UE pour sauver l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Ce soutien apparaît le plus marqué en Autriche (67 %) et le plus faible en France (47 %). 
     
  • Une large proportion des électeurs pense que la Russie tente de déstabiliser les structures politiques de l’Europe et que les gouvernements ne protègent pas correctement leur pays des ingérences étrangères. Ce sentiment est éprouvé en Allemagne (38 %), au Danemark (44 %), en Espagne (44 %), en France (40 %), en Italie (42 %), en Pologne (48 %), en République tchèque (44 %), en Roumanie (56 %), en Slovaquie (46 %) et en Suède (50 %). 
     
  • Concernant la Russie, plus de la moitié des électeurs de tous les pays, à l’exception de l’Autriche, de la Grèce et de la Slovaquie, considèrent que les sanctions prises par l’UE sont « équilibrées » ou pas assez sévères. Les partisans de sanctions plus sévères sont les plus nombreux en Pologne (55 %) et les moins nombreux en Slovaquie (19 %). En France, 32 % des électeurs estiment que les sanctions de l’UE en réponse à l’agression de la Russie n’ont pas été assez sévères.
     
  • Les électeurs européens sont divisés concernant l’investissement financier de leur pays dans les capacités de défense de l’OTAN ou de l’UE. Parmi les sympathisants des partis au pouvoir, en France, ce sont les électeurs de La République En Marche ! qui expriment la préférence la plus marquée pour la défense européenne (78 %) plutôt que pour l’OTAN (8 %). Au contraire, en Pologne, les électeurs du parti Droit et Justice ont une nette préférence pour l’OTAN (56 %), au détriment de la défense européenne (17 %). 
     
  • Pour les électeurs, si l’UE éclatait demain, l’une des pertes majeures concernerait la capacité des États à coopérer en matière de sécurité et de défense et d’agir comme une puissance unique face aux acteurs mondiaux que sont la Chine, la Russie et les États-Unis. Ce sentiment est partagé par 22 % des Français et 29 % des Allemands. 

Susi Dennison, chercheuse et directrice du programme Europe Puissance de l’ECFR, a déclaré :

« Notre sondage confirme que Donald Trump est considéré comme toxique en Europe et que cela alimente la méfiance envers la validité de la garantie de sécurité américaine. La division des Européens sur des ressources de la défense entre l’UE ou l’OTAN laisse penser qu’ils n’accordent plus à cette dernière la même confiance qu’auparavant.

Bien que déçus par les résultats de la politique étrangère de l’UE de ces dernières années, les Européens ont compris avant leurs responsables politiques la nécessité d’avoir une Europe plus forte dans un monde où elle risque de se faire bousculer par des superpuissances plus agressives et nationalistes. Ils n’ont pas besoin d’être convaincus de la nécessité d’une défense européenne, mais de ce que l’Europe peut réaliser. »

Le rapport de l’ECFR et ses recommandations font partie d’un programme plus large mené par le think tank pour comprendre les attentes des Européens. Les publications précédentes produites par l’équipe chargée du projet « Unlocking Europe’s Majority » comprennent des projections des résultats des élections législatives européennes, la démystification des questions intéressant les électeurs à partir de données concrètes, et l’analyse des résultats des élections de mai dernier en mettant l’accent sur les points communs entre les partis et la manière dont l’UE peut traiter les questions majeures comme le changement climatique, le commerce, les migrations et la défense et la sécurité, dans un contexte de tensions politiques exacerbées.

Pour davantage d’informations sur les travaux conduits dans le cadre de ce projet, consultez la page : https://www.ecfr.eu/europeanpower/unlock.

-FIN-

Presse

  1. Susi Dennison, l’autrice du rapport, est disponible pour des interviews. A cette fin, veuillez contacter la directrice des communications de l'ECFR, Ana Ramic : [email protected] T : +49 (0) 30 3250510-27 M : +49 (0) 151 65114216.
  2. Le projet « Unlock Europe’s Majority » 2019 de l’ECFR a pour objectif de répondre à la montée de l’euroscepticisme et de montrer comment les partis internationalistes et tournés vers l’avenir peuvent travailler efficacement ensemble sur les grandes questions de politique étrangère. L’ECFR est présent dans cinq États membres et par le biais de ce projet, travaille dans neuf autres. Pour davantage d’informations sur les travaux conduits dans le cadre de ce projet, consultez la page : https://www.ecfr.eu/europeanpower/unlock.
  3. Les experts de l’ECFR travaillant sur le projet « Unlock Europe’s Majority » sont : Mark Leonard, Susi Dennison, Vessela Tcherneva, Jose Ignacio Torreblanca, Almut Moeller, Josef Janning, Piotr Buras, Tara Varma, Susanne Baumann et Pawel Zerka.
  4. Les pays couverts par le sondage YouGov pour ce projet sont : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède. Le sondage a été réalisé du 23 janvier au 25 février 2019 et du 4 au 27 mars 2019.
  5. Pour toute autre demande concernant les médias, veuillez contacter David Yorath, Apollo Strategic Communications, à l’adresse [email protected] ou au +44 (0) 751 1467771.


A propos de l'ECFR

L’ECFR est le premier centre de recherche et d’influence (think-tank) paneuropéen l'objectif est de promouvoir à travers l’Europe le développement d’une politique étrangère européenne intégrée, cohérente et efficace. Avec un réseau de bureaux dans sept capitales européennes, plus de 60 personnes originaires de plus de 25 pays différents et une équipe de chercheurs associés dans les 28 États membres de l'UE, l’ECFR est idéalement placé pour fournir des perspectives paneuropéennes sur les principaux défis et choix stratégiques auxquels les Européens sont aujourd'hui confrontés. L’ECFR est un organisme indépendant et financé par diverses sources. Pour plus de détails, veuillez visiter le site : www.ecfr.eu.

L’ECFR ne prend pas de positions collectives. Ce rapport, comme toutes les publications de l’ECFR, ne représente que le point de vue de ses auteurs. 

 

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