Commentaire de Francisco de Borja Lasheras sur la stratégie et les attentes encore floues de David Cameron concernant l'UE.

Un problème clé pour David Cameron et son agenda européen est le fait qu'il ne sait pas ce qu'il veut.

Veut-il garder le contrôle sur l'aile europhobe de plus en plus puissante de son Parti conservateur qui le célèbre aujourd'hui comme le vainqueur ayant déjoué les statistiques, mais qui pourrait demain le poignarder dans le dos ? Veut-il défendre les intérêts nationaux d'un Royaume-Uni devenu plus insulaire et concentré sur lui-même en raison des vents arrivant des Highlands écossais ? Ou bien se peut-il que Cameron soit convaincu - comme beaucoup d'entre nous - de la nécessité de réformer l'Union européenne pour l'adapter au XXIe siècle et lutter contre sa crise de légitimité ?

Un tel numéro de prestidigitateur se situe cependant souvent au-delà de la capacité des classes politique et diplomatique d'aujourd'hui. Nous nous rendons compte que nous voulons des hommes d’Etat (et des femmes) avec une vision qui apparaît. Il faut que cette vision soit plus large que celles concoctées au jour le jour par n’importe quel collaborateur en charge de l'agenda politique et il faut qu’elle aille plus loin que la vitre teintée de la voiture officielle ou que les portes du 10 Downing Street, du palais de l'Élysée ou du Moncloa. Dans ce monde globalisé, une grande ironie est que, jusqu'à présent, ce monde produit des dirigeants avec des vues seulement nationales, des perspectives bornées ou même, dans certains cas, purement nationalistes.

En supposant que Cameron ait une vision, on peut bien dire que personne ne l’a encore vue. Dans son discours brillant mais aujourd'hui oublié de Bloomberg  plus de deux ans auparavant (il y a souvent dans l’entourage rapproché des premiers ministres et ministres de grandes plumes mais anonymes), la vision avancée était celle d'une Union européenne basée sur la coopération volontaire sans être incompatible avec la constitution d’un noyau plus intégré. Cameron décrivait une Europe faite de réseaux flexibles et dynamiques au lieu d’une marche forcée vers une « union sans cesse plus étroite » de peuples qui ne savent pas s’ils la souhaitent ou non.

Mais cette vision de l'Europe est différente de l'agenda qu’a suivi le gouvernement de Cameron depuis, qui était beaucoup plus préoccupé par les autres objectifs mentionnés plus haut et par une interprétation à court-terme des intérêts britanniques dans le cadre de la poursuite d’un Brexit de fait. Nous voyons cela dans le retrait britannique des règles en matière de coopération judiciaire au sein de l'UE, dans sa politique d'immigration (anti-européenne) et dans la limitation prévue dans le cadre de  l'application de la Convention européenne des droits de l'homme, pierre angulaire de la protection des droits de l'homme à travers l'Europe.

Avec des intérêts si disparates à l'intérieur et à l'extérieur du Royaume-Uni, il est clairement impossible pour Cameron de satisfaire tous les électeurs ou de répondre à tous les objectifs cités plus haut. Il devra se positionner d’un côté ou de l'autre de la barrière qu’il a érigé et remplir une de ses propres conditions en choisissant l'UE ou une petite Bretagne. Avant le référendum (en 2016 ?), il est difficile d'envisager qu'il obtienne des concessions qui seront plus que mineures ou symboliques de la part des dirigeants sur le continent qui sont trop préoccupés par la Grèce, par l'Ukraine et par leurs propres problèmes nationaux respectifs pour modifier les traités et se plier aux exigences d'un seul État membre,  même si c’est un Etat important. Ce que le Royaume-Uni pourrait obtenir, comme cela est arrivé en Ecosse, c’est une garantie de plus vastes négociations après que l’engagement de rester aura été pris.

Mais une UE qui est si susceptible quand elle est confrontée à des « hérésies » de quelque nature que ce soit devrait se demander à quel moment elle a perdu tant de foi en sa raison d'être au point qu’elle craigne aujourd’hui les référendums et les élections. L'Europe en tant que tout - au sein de laquelle l'UE est seulement une institution œuvrant pour le bien commun, bien qu’elle soit une institution utile - devrait saisir cette opportunité pour insuffler un souffle nouveau dans cette vision commune oubliée et s’abstenir de sa tendance nombriliste. Ce qui est nécessaire c’est une vision intermédiaire entre « l'Europe des Nations » du passé et les « États-Unis d'Europe » d’un avenir qui pourrait ne jamais se réaliser. À l'heure actuelle, ces deux utopies sont en train de glisser inexorablement vers l'oubli.