Sarkozy's tightrope act on China

Commentary

Sarkozy's attempts to establish a solid basis for a strategic partnership with China are useful to the EU as a whole. In French.


Nicolas Sarkozy a réussi ces derniers temps une performance quasi-olympique : en l’espace de 48 heures, il a été menacé de « répercussions immédiates » par le représentant officiel de la Chine en France s’il rencontrait le Dalai-lama, puis il a été vertement critiqué par Daniel Cohn-Bendit, qui avec une certaine ingénuité culturelle l’a accusé de « dîner avec des baguettes » à Pékin.  De fins diplomates l’accusent, en France et à l’étranger, d’avoir par ses hésitations encouragé la Chine à faire pression sur notre politique.

Et si ces critiques s’annulaient mutuellement, démontrant en fait que le président français est sur la bonne voie ? Et s’il fallait rejeter en vrac les accusations d’amateurisme, les « conseils » de voisins européens suggérant d’annoncer sans barguigner la décision d’assister aux Jeux de Pékin, les soupirs des partisans de la vieille « intimité stratégique » franco-chinoise, et aussi les reproches qu’exhale notre société post-moderne, prompte à manifester à Paris, plus réticente à s’engager  par exemple en faveur de l’Afghanistan?

Soupçonné d’hésitation opportuniste entre les postures qui plaisent à l’opinion et le réalisme de la diplomatie des contrats, Sarkozy a choisi un chemin de crête, sans précédent pour la diplomatie française à l’égard de la Chine. Il n’est pas étonnant que des couacs se fassent entendre dans une partition jamais jouée. Ni que l’appareil de propagande chinois – et seulement lui –  se soit mis en branle pour faire rentrer notre pays dans le lit depuis longtemps refroidi des relations franco-chinoises inaugurées en 1964.

Qu’a dit Nicolas Sarkozy depuis un an ? D’abord, que ces relations devaient être empreintes de « réciprocité », une expression qui vise aussi bien le dialogue politique que nos échanges économiques, parfaitement déséquilibrés. Ensuite, lors de sa visite à Pékin ne novembre 2007, qu’il serait attentif aux droits de l’homme, qu’il souhaitait des contacts entre la Chine et le Dalai-lama . Et en effet, qu’il entendait poursuivre le partenariat franco-chinois. 

Qu’a-t-il dit à chaud, au moment des manifestations tibétaines et de l’émeute de Lassa, puis du passage mouvementé de la torche olympique à Paris ? Qu’il laissait ouvertes « toutes les options » concernant sa présence à Pékin le 8 août, ajoutant : « je veux que le dialogue commence et.je graduerai ma réponse en fonction de celle qui sera donnée par les dirigeants chinois ». Et enfin, il a immédiatement, avant toute réaction chinoise,  déploré certaines formes que prenait le chahut parisien de la flamme olympique. 

A ceux qui le critiquent pour avoir envisagé, même indirectement, de ne pas assister aux Jeux, disons ceci : en mars 2008, les informations les plus inquiétantes circulaient, parlant de centaines de morts au Tibet. La posture militaire chinoise sur place, les déclarations hystériques de cadres politiques locaux, pouvaient faire craindre le pire. Une mise en garde s’imposait alors.

A ceux qui réclament aujourd’hui le boycott des Jeux, il faut par contre dire ceci : trois mois plus tard, le bilan des troubles au Tibet a été considérablement révisé à la baisse par les organisations de défense des droits de l’homme elles-mêmes. Cela n’empêche pas la poursuite de pratiques policières et judiciaires condamnables, mais un fait s’impose : la Chine n’a pas commis un second Tiananmen au Tibet.  Et par deux fois, les officiels chinois ont rencontré les émissaires du Dalai-lama, qu’ils avaient qualifié de « loup en habit de moine ». Est-ce anodin ? A l’inverse, faut-il faire semblant de croire qu’une négociation a la moindre chance d’aboutir, si tôt après la perte de face du mois de mars, et à la veille des Jeux de Pékin?
  
Mais alors, pourquoi les critiques se concentrent-elles sur le président français? On voit se constituer une coalition des contraires : vieux routiers du rituel diplomatique franco-chinois, aujourd’hui rejoints par d’habiles propagandistes chinois installés en France, et militants de la protestation humanitaire qui voulaient plus de rupture visible.

Certes, la diplomatie est un art d’exécution, et elle a eu ses couacs:  l’absence de soutien public à Mme Merkel sur le même dossier en était un; la lecture par la Secrétaire d’état aux droits de l’homme d’un curieux texte évoquant des « conditions » posées à la Chine en  était un autre. 

Mais ce qui se joue avec la France est d’une autre nature : c’est le contenu et l’équilibre du fameux partenariat stratégique. Disons-le : avant Sarkozy précisément, le « réalisme » de la politique des grands contrats n’a guère eu de résultats, à en juger par les chiffres. Et le dialogue politique a souvent été déséquilibré : pendant que la France poussait à la levée de l’embargo européen, on ne sache pas que la Chine ait fait en notre direction des avancées politiques ou diplomatiques. Le pari que semble avoir fait Sarkozy, c’est celui d’un rééquilibrage à terme de ces relations, ce qui diffère d’ailleurs d’une politique hostile à la Chine. Le sentier est périlleux, car la puissance chinoise est montante, la désunion européenne souvent patente. Et on comprend que le gouvernement chinois préfère une relation plus facile avec un partenaire plus souple.

Faut-il, en fédérant les voix des nostalgiques du rituel franco-chinois, celles des groupes de pression se saisissant des grandes causes humanitaires, et le jeu naturel en démocratie de toute opposition politique, nous préparer à la déconfiture d’une France percluse de divisions ? Nous croyons au contraire qu’il faut résister à cette union des contraires, et soutenir le choix qu’a fait Nicolas Sarkozy.

 

The European Council on Foreign Relations does not take collective positions. This commentary, like all publications of the European Council on Foreign Relations, represents only the views of its authors.

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