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De grands desseins : la Chine a-t-elle une “grande stratégie” ?

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La Chine manque toujours d’une grande stratégie

Le Congrès du Parti communiste chinois en octobre indiquera si la Chine a abandonné son idée d’« ascension pacifique » en faveur d’une grande stratégie ambitieuse.

L’habileté du parti unique chinois à se projeter sur le long-terme est souvent remarquée, notamment parce qu’elle contraste avec les démocraties occidentales que les cycles électoraux confinent aux projets de  court terme. Mais une nouvelle étude du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) affirme que, en réalité, la Chine n’est pas encore parvenue à formuler une vraie stratégie.

Le rapport, « De grands desseins : la Chine a-t-elle une "grande stratégie" ? », rassemble les avis d’éminents chercheurs chinois afin de documenter l’évolution de la pensée stratégique chinoise des années 1970 à aujourd’hui.

Les véritables discussions à propos de la grande stratégie de la Chine ont commencé sous l’ère de Deng Xiaoping, qui a préféré que la Chine fasse « profil bas » dans les affaires internationales pour se focaliser sur son développement économique. 

A la fin de la Guerre froide, et en réponse à une présence accrue de l’armée américaine en Asie, la Chine a commencé à s’intéresser à la scène internationale en adoptant le multilatéralisme et en établissant des liens avec les pays voisins. Le point culminant de cette nouvelle approche a été la création de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en 2001.

Face à une Chine plus forte, qui se retrouve autant au centre de l’attention internationale qu’elle est la cible des critiques, Hu Jintao développe en 2003 le concept de l’« ascension pacifique de la Chine »  – qui sera plus tard adouci en « développement pacifique de la Chine » afin de rassurer les observateurs internationaux nerveux. Mais un changement abrupt survient avec l’accession au pouvoir de Xi Jinping, qui affirme rapidement son désir de « faire renaître » l’ancienne puissance de la Chine.

Angela Stanzel, de l’ECFR, affirme que malgré les diverses visions et postures, « la Chine n’a pas encore formulé une vraie ‘grande stratégie’ ». Elle remarque en outre que la question de savoir si elle veut vraiment en avoir une ou si elle veut simplement développer de plus en plus de stratégies individuelles concrètes reste ouverte.

Nadège Rolland, dans un article écrit pour ce recueil, explique que l’initiative chinoise pour les nouvelles Routes de la Soie (OBOR) est en quelque sorte une grande stratégie. C’est une vision qui reflète les intérêts de la Chine sur le long terme (« son ascension sans entraves ») et mobilise à la fois les ressources du hard et du soft power dans un objectif stratégique.

Jabin Jacob souligne que la Chine réfléchit à une stratégique maritime qui selon lui inclurait OBOR. Jacob rappelle que les dirigeants chinois sont acquis à « l’idée de la Chine comme grande puissance maritime », ce qui est visible dans ses efforts pour combiner les capacités, les actions, et les discours les accompagnant.

Melanie Hart, dans un autre article du recueil, défend que la pensée stratégique de la Chine est inextricablement liée à la présence des Etats-Unis dans la région ainsi que dans le monde. Elle note que tous les experts chinois voient la relation entre les Etats-Unis et la Chine comme le centre du pouvoir mondial, mais qu’un désaccord existe sur la question de savoir si le leadership chinois cherche un partenariat ou une rivalité avec Washington dans sa volonté de faire « un monde du G2 ».

Ces idées montrent que le concept de grande stratégie est encore très fluide en Chine et continue de se développer. S’il est peut-être trop simple de dire que la Chine formulera sa grande stratégie au gré des actions des Etats-Unis, le déclin apparent des Etats-Unis sous Donald Trump a certainement reconfiguré le débat sur la place de la Chine comme puissance mondiale.

Que ce soit le commencement d’une nouvelle façon de penser une grande stratégie conceptuelle pour la Chine reste à découvrir. Le très attendu Congrès du Parti en octobre indiquera probablement si la Chine a en effet abandonné l’idée d’une « ascension pacifique » en faveur d’une grande stratégie ambitieuse.

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